L'Agriculture chinoise

Comme promis, voici le dernier volet de la série. Vous pensez peut-être que l'agriculture ne joue pas un bien grand rôle dans une campagne de jeu de rôle médiéval-fantastique, mais vous auriez bien tort. Les densités de populations et la taille des villes, l'art de la guerre et les structures sociales, tout cela est intimement lié à l'agriculture.

En premier lieu, le nombre de personnes pouvant vivre sur un territoire donné dépend de la proportion de ce territoire qui est cultivée, et de la quantité de nourriture que fournissent ces terres arables. Par exemple, un territoire faiblement peuplé va probablement avoir une faible proportion de ses terres qui sont cultivées. Compte tenu des pâturages, le territoire en question peut encore contenir beaucoup de terres incultes, voire sauvages, dont nous connaissons le potentiel pour une campagne de jeu de rôle médiéval-fantastique.

Mais le nombre d'habitants, en général, n'est pas une constante ; et comme il augmente, il faut trouver de la nourriture pour les nouvelles bouches. Soit les terres déjà cultivées le peuvent être de manière plus intensive (par ex. en utilisant plus d'engrais, ou en introduisant la double culture, ou en développant des variétés de céréales à rendement plus élevé), soit il faut cultiver davantage de terres (c'est-à-dire qu'il faut transformer les terres incultes en terres arables).

La deuxième solution a beaucoup plus de chances d'être adoptée, surtout dans le court terme. Cela signifie que les terres incultes vont être exploitées par des colons venant de plus ou moins loin, qui eux-mêmes ont abandonné leurs terres ancestrales. Considérant la nature de ces terres dans la plupart des campagnes médiévales-fantastiques, leur mise en valeur va être une tâche bien dangereuse. C'est donc le cadre de campagne rêvé pour des aventuriers. Un gendarme protégera les colons parce que c'est son devoir ; d'autres aventuriers le feront en tant que mercenaires ou pour d'autres raisons encore.
Cependant, la première solution peut aussi être exploitée dans le cadre d'un jeu de rôle méd-fan. Le concept de "trésor" va prendre un sens complètement différent. Si les PJ viennent d'une province reculée, de meilleurs souches de céréales (soit hâtives, soit à rendement plus élevé), ou la connaissance de meilleures techniques agricoles, peuvent se révéler plus précieuses que les récompenses plus traditionnelles.

La taille d'une ville dépend directement de la quantité de terres nécessaires à nourrir sa population (en Europe, il en fallait bien plus qu'en Chine). Avec un minimum de connaissances sur les rendements agricoles, le MJ peut calculer la quantité de nourriture que doit importer une ville donnée, et sur quelles distances elle doit être transportée (en se souvenant que le transport par voie fluviale est bien meilleur marché que le transport par route). Le MJ peut également tirer profit, pour créer ses aventures, des problèmes de monopoles et de prix, de ravitaillement des villes assiégées, etc. (Un barème de besoins journaliers en calories peut être utilisé pour calculer la quantité de céréales et de légumes que le citadin moyen doit manger chaque jour).

Le lien entre agriculture et art de la guerre apparaît en tout premier lieu au niveau de la quantité de nourriture disponible pour nourrir l'armée, et en second lieu pour déterminer le moment où l'armée est en état de marche et de combat. Cela va aussi dépendre de sa composition : armée de conscrits (qu'il faudra laisser rentrer chez eux pour les moissons, de crainte qu'ils ne désertent de toute manière), ou armée de métier disponible tout au long de l'année. À certaines époques de l'histoire chinoise, l'armée (de métier) était réquisitionnée en cas de période de paix prolongée pour cultiver des fermes d'État, dont les produits agricoles étaient justement utilisés pour nourrir l'armée.

La structure sociale d'un pays dépend aussi de sa structure agricole, bien que le lien de cause à effet ne soit pas clair. Est-ce la structure agricole du pays qui est induite par sa structure sociale, ou est-ce l'inverse ? Selon la théorie (aujourd'hui abandonnée) du despotisme hydrique, la nature despotique des civilisations asiatiques serait venue de leurs structures agricoles. En effet, les immenses travaux d'irrigation de l'agriculture requéraient une grande capacité de coordination des efforts, et seul le despotisme aurait été en mesure d'assurer cette coordination.

Nous finissons par cette réflexion cette brève introduction à l'agriculture pour les MJ et les joueurs. La suite de l'article compare les modèles agricoles chinois avec ceux de l'Europe traditionnelle (mediévale) et devrait intéresser même les gens qui ne sont pas passionnés d'histoire asiatique.

Modèles agricoles chinois

La Chine a toujours su nourrir une densité de population supérieure à celle de l'Europe, et les Chinois ont eu, en général, un des meilleurs régimes alimentaires du monde (la Chine pauvre du XIXe siècle, avec son agriculture de subsistance, n'étant pas représentative du reste de l'histoire chinoise). Si l'agriculture chinoise pouvait soutenir une densité de population supérieure à celle de l'Europe, c'est grâce à des rendements dans la culture des céréales supérieurs à ceux de l'agriculture européenne traditionnelle, et à la place moins importante de l'élevage. Toutes ces raisons seront explicitées dans les paragraphes qui suivent.

Il y a deux zones climatiques principales en Chine, et il y a de même deux zones agricoles principales. Les plaines arides du nord permettent les cultures sèches (telles que blé et millet), alors que les régions sous-tropicales au sud du Yangzi sont dominées par la riziculture (irriguée), bien que ces terres puissent aussi être asséchées pour y cultiver des plantes qui requièrent une culture sèche.

En général, les différences entre le climat de l'Europe et celui de la Chine peuvent être assez spectaculaires, et cela a eu un impact significatif sur le développement des pratiques agricoles sur ces deux continents. Le paysan du nord de la Chine, par exemple, devait se contenter de très courtes périodes de pluies diluviennes, à comparer avec les pluies faibles mais fréquentes du climat européen. Si les pluies estivales étaient trop fortes, il y avait des inondations ; en revanche, si elles étaient trop faibles, il y avait de la sécheresse. En conséquence, le contrôle des inondations fut, très tôt, une préoccupation majeure dans les plaines du nord de la Chine.

L'élevage

Une des différences fondamentales entre les agricultures chinoise et européenne est la place accordée au bétail. Traditionnellement, en Europe, l'élevage de bétail et la céréaliculture étaient complémentaires. Une grande partie des terres arables était réservée aux jachères, sur lesquelles paissaient les animaux. C'était une des rares manières de préserver la fertilité du sol dans l'Europe médiévale. En général, le fumier animal était insuffisant car la nourriture pour les bêtes était elle-même insuffisante, et les animaux qui survivaient aux durs mois d'hiver étaient rares (le bétail en excès était abattu et la viande était salée pour l'hiver). En conséquence, les champs devaient être laissés en jachère par cycles de rotation de deux ou trois ans.

En Europe, le bétail était utilisé pour le labourage (les charrues étaient lourdes, mal conçues et retournaient la terre inefficacement et lentement, et avaient besoin d'attelages de quatre à douze bœufs ou chevaux pour les traîner), ainsi que pour la laine, le cuir, la viande et les produits laitiers (la viande était pour les riches, et le lait et le fromage pour les pauvres).

En Chine, en revanche, l'élevage n'eut jamais de grande importance aux époques historiques. On gardait des bêtes, mais moins qu'en Europe, et on les laissait paître sur les terres incultes (comme les flancs de colline ou les berges des fleuves). Les buffles, les bœufs et les mules étaient utilisés pour le labourage, mais une ou deux bêtes (deux bœufs ou deux mules dans le nord, un buffle dans le sud) suffisaient parce que la charrue chinoise était beaucoup plus légère que celle européenne. De même, les transports, dans le sud, étaient généralement par voie fluviale (le relief, dans le sud, est assez montagneux) et donc il y avait moins de routes, et par conséquent un besoin moindre de bêtes pour les transports. Dans le nord, les transports se faisaient généralement par la route sur des charrettes.

Les Chinois élevaient plutôt des animaux comme les porcs et la volaille, qui se contentent de peu de nourriture (déchets et ordures). Outre leur viande (le porc et la volaille sont la base de la cuisine chinoise), les porcs fournissaient du fumier pour les champs.

Et comme ces animaux n'avaient besoin ni de terre ni de céréales pour être nourris, une parcelle de terre donnée pouvait ainsi nourrir davantage de personnes en Chine qu'en Europe. Mais il y avait également d'autres raisons, comme nous allons le voir.

Céréaliculture

Les céréales entraient pour une plus grande part dans le régime alimentaire des Chinois que dans celui des Européens. À la base du régime alimentaire chinois, il y avait avant tout les céréales (blé ou millet dans le nord, riz dans le sud), l'huile végétale, les légumes verts ou en conserve, parfois la viande ou le poisson (les cours et les plans d'eau du sud de la Chine sont très poissonneux), parfumés avec de la sauce de soja, du gingembre, des piments ou du vinaigre. Quant aux produits laitiers, ils n'ont tout simplement jamais été pris en considération pour l'alimentation, en Chine.

Les agriculteurs chinois atteignaient des rendements de cultivation bien supérieurs à ceux des Européens grâce à leurs techniques d'ensemencement, aux sortes de céréales cultivées, à des méthodes de culture plus intensives, et à une majeure fertilité des sols.

Techniques d'ensemencement

Le semoir apparut en Chine aux environs de l'époque Han. En comparaison, en Occident, les graines étaient toujours semées à la main (et à la volée), jusqu'au XVIIIe siècle. (Le semoir resta inconnu en Occident jusqu'au XVIe siècle.) Les méthodes chinoises étaient plus élaborées. Les Chinois eux-mêmes distinguaient trois méthodes de semis : à la volée, en lignes, et à la main (les graines sont semées une par une).

Le semis des graines à la volée semble avoir toujours été considéré comme une pratique primitive en Chine du nord, où l'ensemencement en lignes au semoir était préféré, car il permettait d'économiser les graines et d'optimiser l'utilisation des terrains fertiles. Si une variété était ensemencée à la volée, c'était parce que ses graines étaient trop petites pour être ensemencées correctement au semoir. En Chine du sud, la plupart des cultures sèches étaient ensemencées à la volée. Quant au riz, il était ensemencé à la volée au nord comme au sud du pays.

Au niveau des variétés qui ne se prêtaient pas à l'ensemencement au semoir, comme par exemple le gingembre et les autres tubercules, elles étaient tout simplement plantées individuellement. Le repiquage des jeunes plants de riz peut être considéré comme une amélioration de cette technique. Le riz repiqué a un rendement significativement supérieur à celui du riz ensemencé à la volée, mais il requiert en contrepartie beaucoup plus de labeur.

Techniques de culture

En Chine, le travail sur les plants après germination requérait davantage de main-d'œuvre qu'en Occident, et était une des raisons pour lesquelles le rendement était plus élevé. Le sarclage du riz à la main, par exemple, peut accroître le rendement jusqu'à 45%.

Un principe général de l'agriculture chinoise était qu'il fallait utiliser moins de graines sur un sol pauvre que sur un sol fertile. Cela donne une idée du soin consacré aux cultures (en effet, dans les pays où les mauvaises herbes ne sont pas contrôlées, la technique consiste à ensemencer davantage sur les terres pauvres pour être sûr que quelques plants, au moins, survivront). On peut remarquer, en passant, qu'une des conséquences de l'ensemencement à la volée est que les graines germent n'importe où et n'importe comment, rendant le sarclage impossible.

Rendement

Le millet et le riz donnent beaucoup plus de graines par plant que le blé ou que l'orge. Ainsi, par leur nature même, le millet et le riz ont un rendement par plant, et donc par graine, plus élevé. Pour le blé, l'Europe pré-moderne connaissait des rendements de 3 pour 1 ou de 4 pour 1 au grand maximum. En gros, cela signifie que le tiers voire la moitié des graines devaient être mises de côté comme semis (c'est en partie une conséquence de l'ensemencement à la volée qui gaspille beaucoup de graines). En Chine, en revanche, le rendement du blé était d'environ 10 pour 1 dès le XIIe siècle (chiffre conforme aux valeurs de rendement de l'agriculture traditionnelle asiatique encore de nos jours). Ce rendement est à comparer avec les chiffres de la fin du XXe siècle : le rendement du blé oscille entre 6 et 20 pour 1.

En comparaison, le rendement du riz, aujourd'hui, est de 50 pour 1 en moyenne, et celui du millet (setaria italica) d'environ 100 pour 1. Le rendement de certaines variétés de riz atteint également 100 pour 1. La Chine impériale a facilement connu, pour le riz, des rendements de 20 à 30 pour 1, et a atteint des valeurs proches de celles d'aujourd'hui à certaines époques. Quant au millet, son rendement a été très tôt proche de 100 pour 1.

Ces rendements élevés signifiaient pour les Chinois que seule une infime partie des graines devait être mise de côté comme semis. Le reste était destiné à la consommation.

Engrais

Comme indiqué ci-dessus, les agriculteurs européens utilisaient surtout le fumier animal, avec parfois du compost végétal, de la marne (pour amender les sols pauvres en calcaire), et (dans les zones côtières) des algues et du sable.

En Chine, les animaux jouaient un rôle moindre dans l'économie rurale et ne fournissaient donc (bien que le fumier animal fût connu et toujours utilisé) qu'une infime proportion de la quantité totale des engrais utilisés. En général, les Chinois utilisaient une gamme d'engrais plus vaste, allant jusqu'à employer le fumier humain ; certaines plantes étaient cultivées dans l'unique but de servir d'engrais végétal. D'autres engrais qui étaient employés : le chanvre, les résidus solides de la fabrication des huiles végétales ou du fromage de soja (ces produits industriels devaient être achetés par l'agriculteur), la chaux, les coquilles des mollusques, la boue des rivières, les os et les sabots des animaux, les plumes des volailles etc. Les Chinois avaient bien compris que la présence de compost enrichissait les sols, facilitait la conservation de l'eau et nourrissait les cultures.

Taille des exploitations

À cause du système traditionnel européen des jachères, deux ou trois hectares de terres étaient nécessaires pour nourrir une personne. Dans les régions les plus fertiles de l'Europe mediévale (comme les Flandres ou le sud-est de l'Angleterre au XIVe siècle), les fermes de moins de trois hectares étaient trop petites pour subvenir aux besoins d'une famille.

Les fermes chinoises étaient bien plus petites ; leur petite taille était rendue possible par leur grande productivité. Dans le nord de la Chine, deux hectares de terres suffisaient pour subvenir aux besoins d'une famille de huit personnes (deux adultes, deux vieillards et quatre enfants). Les exploitations des régions rizicoles pouvaient être très petites, jusqu'à un demi-hectare seulement pour une famille.

La productivité des terres dépend de la taille des surfaces cultivées. En Europe, les propriétés agricoles pouvaient être de longues bandes de terre très étroites (un ou deux mètres de largeur), et cela aussi avait une influence sur le mauvais rendement de ces fermes. En fait, dans les plaines du nord de la Chine, les exploitations agricoles ressemblaient à ce modèle. Les champs étaient rectangulaires et disposés en de grands blocs ou bandes réguliers qui mesuraient plusieurs centaines de mètres de largeur. Au cours des siècles, les divisions dues aux héritages réduisirent beaucoup de ces champs en des bandes de terre de quelques mètres seulement. Mais, en Chine, ces bandes de terre au sein d'un même bloc n'étaient jamais gérées en commun, ni ne servaient jamais de pâturage communal.

Les récoltes doubles assuraient également un plus grand rendement pour un champ donné. Dans le nord de la Chine, les terres pouvaient donner trois récoltes en deux ans et, dans le sud, deux récoltes par an. Dans certaines régions méridionales, les terres donnaient trois récoltes de riz par an, ou deux récoltes de riz et une d'une autre culture. Les légumes étaient également récoltés ainsi en abondance. Ces récoltes multiples étaient autant dues au climat favorable de la Chine qu'au développement de variétés de riz plus hâtives, aux techniques de culture telles que le repiquage et à l'absence de terres en jachère.

Il apparaît désormais clairement que l'agriculture européenne traditionnelle était complètement arriérée comparée avec celle de la Chine. Le niveau technologique était inférieur, ainsi que la connaissance des techniques de culture. Tous ces facteurs faisaient que l'Europe ne pouvait pas nourrir la même densité de population que la Chine.

Lecture conseillée

Notes

Jachères... Dans les régions chinoises les plus densément peuplées, on recourut au système des jachères en dernier ressort, lorsque les terres devaient absolument récupérer de leur fertilité, et cela dès l'époque Han. En Europe, en revanche, la jachère était encore un élément à part entière du système de rotation des terres jusqu'au XVIIe ou au XVIIIe siècles.

Vinaigre... À l'époque Song, le vinaigre et la sauce de soja étaient considérés comme des aliments de base, indispensables même à l'alimentation des familles paysannes les plus humbles.

Le semoir... Un outil permettant d'ensemencer en lignes droites. Il est constitué d'un coffre à graines, d'une partie mécanique et d'une sorte de tamis qui régule la chute des graines sur le sol. Le paysan peut ainsi choisir le débit de l'ensemencement. La plupart des semoirs chinois pouvaient également être utilisés pour répandre du fumier sur les champs (aux époques plus tardives).

Le repiquage... Le riz destiné au repiquage est d'abord cultivé dans des parcelles séparées avant d'être transplanté dans le champ principal après un intervalle de temps variant entre 2 et 8 semaines, selon la variété de riz cultivée. Les jeunes plants sont repiqués au moment de leur croissance maximale, lorsqu'ils mesurent environ 15 à 18 cm. Les plants les plus robustes sont ôtés de leur parcelle à la main et attachés en de petits faisceaux qui sont immédiatement transportés au champ principal car ils doivent être transplantés le jour même. Les racines des jeunes plants sont généralement lavées et les pointes des feuilles coupées afin de réduire l'évaporation et de diminuer le risque d'endommager les plants pendant la manipulation. Ils sont ensuite transplantés dans le champ principal.

L'Europe pré-moderne... Les rendements très bas de l'agriculture européenne traditionnelle sont dus aux mauvaises techniques agricoles, mais aussi à l'absence de bonnes souches de graines.

Le fumier animal... Les excréments de vers à soie donnaient un engrais particulièrement puissant. La sériciculture (l'élevage de vers à soie et la production de soie) faisait partie intégrante des techniques agricoles et des revenus des familles de paysans.

Engrais... Dans la province du Guangdong, au XVIIe siècle, les grenouilles en saumure étaient utilisées comme engrais.

Exploitations des régions rizicoles... Quelques chiffres de la Chine des années 30 du XXe siècle : dans un village donné, la taille moyenne des exploitations agricoles était d'un demi-hectare. La production moyenne de riz était de 3150 kg environ par hectare, soit 1570 kg par ferme. La taille moyenne d'une famille était de 4,1 personnes, avec une consommation moyenne de nourriture de 610 kg (correspondant aux besoins en nourriture de 2,9 hommes adultes). La redevance annuelle des fermes était normalement de la moitié de la récolte annuelle, soit 785 kg.

Pour ce qui est des rendements traditionnels des récoltes de millet, Li Kui, homme d'État de l'époque Qin, avait calculé un rendement moyen, pour l'espèce setaria, de 700 kg par hectare.

Au début du XXe siècle, le rendement des récoltes de blé, en Chine, oscillait entre 400 et 1100 kg par hectare, avec une moyenne de 1090 kg par hectare pour la période 1934-36. À comparer avec des valeurs actuelles qui atteignent 4500 kg par hectare dans certaines régions du monde.

Les plaines du nord de la Chine... Dans le sud de la Chine, les champs irrigués ont des formes irrégulières à cause du relief. Ces champs aussi sont petits, permettant ainsi aux paysans de contrôler plus précisément l'écoulement, la profondeur et la température de l'eau. La taille optimale d'un champ irrigué pour la riziculture est d'environ 0,1 hectare. Dans la plupart des cas, la forme et la taille d'un champ de riz sont déterminées par l'environnement. Les champs irrigués sont rarement divisés en cas d'héritage. Un champ peut être laissé à deux héritiers ou même davantage, auquel cas les limites des propriétés seront indiquées au moyen de pierres ou d'arbres, mais le champ de riz continuera à être cultivé comme s'il était d'un seul tenant.

Récoltes multiples... Pour des récoltes multiples, il faut des champs irrigués. Cela les limite, en général, aux plaines proches des embouchures des fleuves ou aux vallées humides car ces champs ont besoin d'avoir une surface parfaitement plane. En Chine même, l'agriculture sur terrasse est un phénomène relativement récent. Les cultures sur terrasses, elles, se retrouvent dans le monde entier. Les plus connues sont les rizières sur terrasses de Bali et de la Chine du sud, les champs de maïs irrigués des Incas au Pérou, les cultures en terrasses de la Méditerranée, du Moyen Orient, du Japon, et de nombreuses régions d'Afrique. En Chine, aujourd'hui, il y a des terrasses sèches dans le nord, et des terrasses irriguées dans le sud. Les cultures en terrasses remontent peut-être à l'époque Han ; il est certain qu'elles existaient à l'époque Song (ce qui est relativemet tardif eu égard à l'histoire de la Chine).

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Adapté d'un article original de Taina Nieminen paru dans The Queensland Wargamer, avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la Queensland University Games Society.