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MYTHES ET CROYANCES
Cosmogonie
Pour les savants et les philosophes, le Ciel et la Terre prirent consistance au sein d'une sorte d'éther primordial dont les éléments plus ou moins purs se séparèrent à la manière d'un fluide qui se décante.
Le Ciel, conçu tantôt comme une sphère, tantôt comme un dais de char, est rond par essence, tandis que la Terre qu'il recouvre est carrée. Des colonnes ou des montagnes, situées au pourtour de l'univers, sont tout à la fois des supports du Ciel et des voies qui y accèdent. Ciel et Terre sont les deux constituants d'un vaste organisme au sein duquel le sacré se concentre, en haut, dans le Soleil, la Lune et les étoiles, en bas dans les monts et les fleuves (en particulier dans les Cinq Pics sacrés orientés). Le Ciel, ou la divinité suprême qui l'habitait, fut d'abord un ancêtre dynastique, puis, dans le cours de la dynastie des Zhou, il se dépersonnalise. Mais il reste une puissance mâle dont l'épouse est la Terre. À ce couple divin correspondent ici-bas le Roi et la Reine.
Selon une représentation fort répandue, le Ciel avait neuf étages, ou bien on croyait à l'existence de neuf cieux superposés avec neuf portes ; inversement, dans les profondeurs de la Terre, il y avait neuf étages, domaine des eaux abyssales et qu'on appelait les Sources jaunes.
À des époques indéterminées, la pensée savante élabora un certain nombre de concepts multivalents, dont certains joueront le rôle de catégories : ce sont le dao et le de, le yin et le yang, les Cinq Éléments.
Concepts
Le Dao est le principe universel qui gouverne la totalité du cosmos et lui assure son unité ; le De est un pouvoir qui se manifeste dans les réalisations particulières. Ainsi le roi, en incarnant en quelque sorte le dao céleste, exerce une action (mais sans intervention effective) sur la totalité du monde ; par son de, il exerce une action sur son entourage. À vrai dire, le de est plutôt le fait du ministre qui gouverne, alors que le roi ne fait que régner : le de royal se manifeste précisément dans le choix d'un sage ministre. Pour les confucianistes, le dao et le de sont des vertus morales, mais qui n'en intéressent pas moins au premier chef la nature entière : tout désordre dans le gouvernement provoque une réaction du Ciel dont la "colère" se manifeste par des signes néfastes, puis par des catastrophes ; inversement, la (bonne) vertu royale suscite de bons présages et la venue d'"êtres de bon augure". Pour les taoïstes, le dao et le de ont une valeur magique et mystique.
Le yin et le yang sont les deux aspects antithétiques et complémentaires du Dao tel qu'il se manifeste dans le monde. Le yin, c'est l'obscurité, le froid, la passivité ; le yang, c'est la lumière, la chaleur, l'activité. Dans le cosmos, le Ciel et le Soleil sont essentiellement yang, la Terre et la Lune essentiellement yin ; dans la société humaine, l'homme est yang, la femme yin, le seigneur yang, l'inférieur yin. En tant qu'ils sont des catégories classificatoires, le yin et le yang sont donc des notions relatives, impliquant des rapports et non des classements rigides.
Il faut souligner néanmoins que ces deux sous-principes sont très généralement conçus comme sexués, mais qu'en revanche ils n'impliquent pas des jugements de valeur morale ; ils n'ont rien à voir avec le Bien et le Mal ; au contraire, leur jeu concertant, les alternances de leurs influences sont indispensables à la bonne marche des choses.
Les Cinq Éléments (traduction généralement adoptée pour l'expression wu xing) introduisent, au-dessous de la bipartition yin-yang, une représentation de cinq énergies naturelles disposées en quinconce. Il ne s'agit guère, en fait, de substances matérielles, mais de diversifications du Dao selon les directions de l'espace et qui sont : à l'est le bois, au sud le feu, à l'ouest le métal, au nord l'eau, au centre la Terre. À ces éléments sont associées beaucoup de choses, mais avant tout à chacun correspond une couleur fondamentale : le vert pour le bois, le rouge pour le feu, le blanc pour le métal, le noir pour l'eau, le jaune pour la Terre. Ensuite, à chaque point cardinal, donc à chacun des éléments orientés, est associée une saison (une courte période de l'été correspond au centre). Les Éléments et les saisons ainsi disposés sont classés yin et yang : le bois et le feu (printemps et été) sont yang, le métal et l'eau (automne et hiver) sont yin. La Terre, dans ce cas, est neutre, participant aux autres éléments et les contenant tous.
Le corps humain
Le corps humain recèle aussi des forces vitales, des "âmes", les unes yin, les autres yang. En particulier nous avons une âme spirituelle (hun) qui provient du Ciel et y retourne après la mort, et une âme corporelle (po) qui est destinée à retourner à la terre d'où elle provient. Après la mort (plus exactement après l'achèvement des rites funéraires), le hun devient un esprit aérien (shen) ; quant à la destinée du po, tantôt il est censé résider dans les os, par conséquent dans la tombe, tantôt on le croit errant dans un pays des morts situé dans les profondeurs de la terre, au septentrion : c'est là qu'étaient les Sources jaunes.
Dans l'antiquité, les âmes des morts étaient censées se rendre aux Sources jaunes, ou au séjour des Immortels si leur énergie vitale leur permettait de s'élever comme pur esprit. C'est avec le bouddhisme qu'est apparu l'enfer avec ses châtiments, mais un enfer qui n'était pas éternel : une fois la peine subie, le mort se réincarnait et la réincarnation dépendait des mérites de la vie passée (le karma).
L'Au-delà
L'Au-delà est une notion qui reste vague avant l'introduction du
bouddhisme en Chine.
Après la mort de l'individu, son esprit séjournait quelque temps dans un lieu souterrain, les
Sources jaunes, avant de se dissoudre dans le néant. C'est pourquoi on ne vénérait les ancêtres
que jusqu'à une certaine génération, au-delà de laquelle ils étaient représentés par une tablette
commune. Seuls les taoïstes ayant atteint l'immortalité avaient le privilège d'avoir un esprit qui
ne se dissolvait pas, mais qui rejoignait le séjour des Immortels.
En cas de mort violente ou de sentiment de tâche inaccomplie, l'esprit pouvait éventuellement
rester sur terre sous la forme d'un fantôme, qui tourmentait les vivants ou essayait de les
contraindre à terminer sa tâche.
Le dieu du mont de l'Est (le Taishan) était responsable du registre des morts et des vivants.
C'est le bouddhisme qui introduisit les notions d'enfer et de réincarnation. L'enfer fut évidemment
sinisé et transformé en un tribunal qui ressemblait davantage à un département de la bureaucratie
céleste qu'à celui issu de la foi bouddhique authentique.
Après le décès, l'esprit est conduit devant le tribunal des morts. Selon les actions de sa vie
passée, le juge des morts lui affecte une destination :
- les meilleurs au paradis d'Occident où règne Emituofo
- sinon, au paradis du Sud, où ils peuvent être choisis par l'Empereur de Jade pour être
affectés à une charge dans la bureaucratie céleste, ou alors boire le thé de l'oubli avant
d'être réincarné par la roue du karma
- les mauvais, aux dix tribunaux infernaux, qui décident du châtiment à subir dans la Ville
des fantômes, Fengdu. Le juge suprême des ces tribunaux est Yanluo